Quartiers Sud de Sorgues

Le canal Crillon forme la limite Sud de Sorgues-Le Pontet où se trouvaient des familles bien souvent employées et logées par la PNS (Poudrerie Nationale Sorgues), quartiers de la Poudrerie, du Badaffier, de Bir-Hakeim, de Poinsard et des Bécassières. Nous les appelions, à cette époque, non pas quartiers, mais camps. Pratiquement, toutes les familles avaient un de leurs membres qui travaillait à la PNS.

 

• Camp des Bécassières

Dans les années 1950, mes parents, venus du centre de Sorgues, mon père travaillant à la PNS, furent logés dans le camp de Bécassières. À cette époque, ce fut une révolution d'avoir trois pièces à notre disposition : chambre, salle à manger et cuisine avec eau courante, pas de salle de bain (celle-ci sera construite dans les années 1968), petit jardin potager et cour.

Je me souviens de ces années du camp désaffecté, encore entouré d'un chemin de ronde fait de fils de fer barbelés et de miradors en bois à des points jugés névralgiques.

Nous étions une quinzaine de familles logées dans la partie qui avait été destinée aux sous-officiers avant 1948 et aux gardiens. Il y avait donc de la jeunesse en quête de découverte. Tout cet emplacement resté vide nous servait de terrain de jeux. Souvenirs de ces baraquements, de la prison avec des inscriptions, sortes de tags de l'époque, du théâtre indochinois avec ses superbes peintures asiatiques... Ces baraquements servaient pour la toilette des prisonniers ou des travailleurs pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les lavabos en zinc, d'une longueur de six mètres, se faisaient face, avec ce qui restait de l'activité collective disparue (rasoirs, tubes de dentifrice, savonnettes, etc). Un bâtiment à l'abandon, la cuisine centrale du camp, avait conservé en l'état tous les ustensiles de cuisine, notamment les très grosses marmites et les énormes fourneaux en fonte.

L'église des Bécassières où les souvenirs affluent, la messe dominicale y était célébrée. Avec les enfants de mon âge, nous y avons fait la préparation à notre première communion. Les jeudis, jours de repos scolaire, monsieur le curé ou un autre prêtre organisait des projections de films.

Dans ce camp, il y avait trois bassins de rétention d'eau pour incendie, d'un diamètre de six mètres et d'une profondeur d'un mètre quatre-vingt : des piscines à domicile où les gamins du quartier apprirent à nager. Pour nous rendre à l'école, nous avions, au début, le camion de la PNS avec ses chauffeurs, Racchini et Emile Reynier, qui nous racontaient des histoires. Par la suite, nous avons eu un bus scolaire pour amener les enfants des camps à l'école Jean Jaurès pour les garçons, Sévigné pour les filles, et Présentation de Marie (école privée Marie Rivier actuellement). Le passage à niveau de la ligne PLM (Paris Lyon Méditerranée) formait la limite entre les Bécassières, Bir-Hakeim et la cité de la Poudrerie.

• Camp Poinsard

Ce que l'on garde en mémoire de Poinsard, c'est l'existence d'une salle de cinéma dont les anciens sièges furent récupérés par le cinéma « Le Modern ». Ils étaient très durs mais, pour nous, c'était le confort. Il faut évoquer les bénévoles de l'amicale qui organisaient le loto et la fête votive annuelle. Comme témoins de cette époque, il reste le château d'eau et l'ensemble des constructions remises en bon état par les habitants. Ce quartier tranquille était un havre de paix. Une étroite familiarité liée à la vie (la télévision n'existait pas dans les ménages) unissait la communauté, les discussions animaient le voisinage ainsi que les parties de boules.

C'était le temps où les gamins allaient de camp en camp pour simplement se rencontrer ou se quereller.



• Camp de BIR-HAKEIM

Une dizaine de familles étaient logées dans ce site. Il se trouvait le long de la voie ferrée, à l'emplacement occupé actuellement par le ferrailleur Picot. Pour leurs jeux, les enfants avaient un point de rencontre : le camp de Bécassières.

• Camp (ou cité) de la Poudrerie

Le quartier, qui est à l'heure actuelle le parking Eurenco, jouxtait la PNS. Cette situation lui fut fatale : le 4 juillet 1964, une violente explosion provenant de l'usine le détruisit complètement.

• Camp du Badaffier

Cet espace était situé route de Vedène, avec la Sorgue comme limite au couchant. On y accédait par un petit pont enjambant le canal. C'était un lieu entouré de terres agricoles. Actuellement, le stade du Badaffier occupe son emplacement.

• Généralités

Tous ces lieux étaient sillonnés par des commerçants ambulants, boulangers, poissonniers, épiciers et, en été, le marchand de glace exerçait son métier sur un triporteur à moto. Au sud du camp des Bécassières, des laitiers, la famille Grenod, possédaient de grands pâturages et vendaient le lait de leurs vaches aux habitants des quartiers.Ces camps furent des lieux d'internement des travailleurs indochinois avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, et Poinsard, comme Laurent Duguet nous l'explique dans un autre article de la présente brochure, servit de prison entre 1944 et 1945.

Par ces souvenirs, j'ai essayé de retracer les lieux qui ont bercé notre jeunesse.

Paul ESTABLET

Extrait de la 26ème édition des Etudes Sorguaises "Vestiges et curiosités... des temps anciens" 2015