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Sorgues ou Sorgues-sur-l'Ouvèze

LE VŒU DE MONSIEUR VIANES (1)

NOËL VIANES propose au Conseil Municipal de SORGUES le voeu suivant :

« Considérant que le nom POSTAL de SORGUES-SUR-L'OUVÈZE est un non-sens, que la rivière qui baigne le « PAYS » est la SORGUE, que l'OUVÈZE est un torrent finissant à BÉDARRIDES où il se jette dans la SORGUE et que tous les géographes sont d'accord là-dessus, que notre ville s'est toujours appelée SORGUES (ou autrefois PONT-DE-SORGUES), que cette appellation de SORGUES-SUR-L'OUVFZE n'a été imaginée que vers 1840 à l'instigation de personnes non compétentes sur ce sujet, je demande donc que l'administration revienne à la désignation POSTALE simple de SORGUES, sans adjonction ; ou bien, à défaut, et si ce nom, qui est celui d'une autre commune de l'AVEYRON et d'une autre rivière d'un autre département, ce qui pourrait plus tard créer des erreurs, qu'on se serve du nom de SORGUES DU VAUCLUSE qui aurait le mérite de l'exactitude géographique et désigner en même temps le département. »

 

Cette délibération du Conseil Municipal en 1902 est explicite, elle permet de retenir deux points fort intéressants :

- La rivière qui baigne la ville est la SORGUE et non l'OUVÈZE, contredisant ainsi les habitudes des habitants du lieu.

- La désignation de SORGUES-SUR-L'OUVÈZE est le fait de l'administration.

Concernant ce point et en consultant les archives, il ne se trouve aucun texte contredisant la présence de la rivière de la SORGUE baignant nos murs.

L'officiel annuaire de VAUCLUSE de 1840 (2) désigne les affluents du RHÔNE, page 86 :

« Quand ce fleuve vient baigner les rives du département de VAUCLUSE, ses eaux sont déjà grossies par la SAÔNE, L'ISERE, L'ARDECHE, il reçoit dans le VAUCLUSE la SORGUE et la DURANCE et quelques autres affluents d'une moindre importance. »

En 1857, JULES COURTET (3), dans la rédaction de son dictionnaire des communes du département de VAUCLUSE, est beaucoup plus précis. A la page 315 de cet ouvrage, nous trouvons le descriptif de « SORGUES, PONT DE SORGIA » :

« C'est à tort que des cartes géographiques et certains ouvrages appellent L'OUVEZE la rivière qui longe les murs de cette localité. C'est une des branches-mères de la SORGUE. Ce pays a toujours porté le nom de PONT DE SORGUE. »

ADOLPHE JOANNE (4), géographe de grande réputation, écrivait en 1885 dans la géographie de VAUCLUSE, page 12 :

« Les affluents de la SORGUE sont : La NESQUE, L'AUZON, la GRANDE LEVADE, L'OUVÉZE et la SEILLE ».

Parlant de la SORGUE, il apporte cette précision :

« Parvenue à BÉDARRIDES, elle longe la voie de chemin de fer de LYON à la Méditerranée, pour tomber dans le RHÔNE, par 16 mètres d'altitude, en face de la pointe Nord de la BARTHELASSE. »

Ce lieu porte le nom de LA TRAILLE ; situé derrière la Poudrerie Nationale, il est bien connu des Sorguais.

Page 9 du même ouvrage géographique, ADOLPHE JOANNE énumère les affluents du RHÔNE sur le territoire du département : « L'AUZON, le LEZ, l'AYGUES, la MEYNE, la DURANCE, la SORGUE. »

On remarque dans ce livre de référence que l'OUVÈZE n'est pas comprise comme affluent du RHÔNE.

ECOUTONS LES HISTORIENS DE LA LOCALITÉ

Dans un premier temps, pour plus de certitude, une consultation du cadastre Napoléon s'impose. Les archives municipales détiennent le plan d'assemblage de la commune de SORGUES en date de 1820. La lecture du plan cadastral lève tous les doutes sur la dénomination du cours d'eau qui traverse la localité et se jette dans le RHÔNE au lieu-dit LA TRAILLE, il est désigné : « RIVIÈRE de la SORGUE ».

Plus récent, un plan de SORGUES daté de 1901, établi à partir de la carte agronomique publiée par la Société d'Agriculture de Vaucluse, indique, à l'image du cadastre Napoléon, « RIVIÈRE de la SORGUE ».

CHRONOLOGIE SUR LA DÉSIGNATION DU LIEU DE SORGUES (5) 

Jusqu'en 1792, dans les délibérations municipales, le greffier NOURRY écrit encore « PONT de SORGUES », parfois « le lieu de SORGUES ».

Le 13 mars 1792 apparaît pour la première fois « SORGUES » tout court.

En juin 1792, le nouveau greffier, Charles, Joseph POCHY inscrira : « La ville de SORGUES ».

ROBERT BEZET (6), historien local et membre du Félibrige, nous rappelle dans son histoire de la ville de SORGUES les périodes plus anciennes. « Il fut établi un pont de bois, puis en pierres, qui survécut bon an mal an jusqu'en 1835. » Les armoiries de SORGUES en font état... SORGUES devrait être dénommé PONT DE SORGUES. Une carte ancienne de 1627 porte d'ailleurs cette appellation.

LOUIS DESVERGNES (7) publie en 1931 une histoire de SORGUES dans laquelle il nous donne la clé de la désignation administrative de SORGUES-SUR-L'OUVÈZE.

Citons-le : « Comment le nom de PONT de SORGUES est devenu SORGUES-SUR-L'OUVEZE ? Au milieu de XIXème siècle, le Préfet de Vaucluse reçoit une lettre de son Ministre où un rédacteur avait abrégé le nom de PONT de SORGUES en celui de SORGUES : ceci suffit pour changer le nom d'une ville ; l'administration des Postes est arrivée à la rescousse et, pour empêcher les erreurs de destination, a créé l'invraisemblable SORGUES-SUR-L'OUVÈZE ! »

LA POSTE À SORGUES (8)

L'histoire moderne de la poste débute à SORGUES le 9 décembre 1837 par une délibération du Conseil Municipal demandant la création d'un bureau de poste et la mutation du siège de CANTON de BÉDARRIDES à SORGUES.

Afin de faire aboutir le plus rapidement possible cette revendication, le Maire de SORGUES, au nom du Conseil, adresse un courrier à Mr Le COMTE de CESSAC (9) pour lui demander son appui auprès de l'administration des Postes. Par lettre du 13 décembre 1837, Mr Le COMTE de CESSAC fait connaître à cette administration la grande importance de la localité de SORGUES, de ses manufactures de garance et de ses moulins à soie et ajoute que la distribution des lettres n'a lieu que tous les deux jours, ce qui est insuffisant.

Le moyen le plus simple, dit-il, serait l'application de l'article 47 de la loi du 21 avril 1832 qui stipule la faculté de réclamer le bénéfice d'une distribution quotidienne des lettres.

Le Conseil Municipal et les habitants de SORGUES ont des considérations puissantes à faire valoir ce droit.

L'administration des Postes a accueilli très favorablement cette demande, le Conseil Municipal renouvelle son voeu de création d'un bureau par un courrier du 30 octobre 1838.

Très rapidement, dès le 5 novembre 1838, le bureau de poste est établi à SORGUES qui englobe les communes de VEDÈNE et de BÉDARRIDES (10).

Le 16 août 1842, SORGUES devient le bureau cantonal de la direction des Postes. Afin de distinguer SORGUES en évitant la confusion avec une dénomination identique, c'est ainsi que l'administration des postes désigna notre bonne ville de SORGUES : SORGUES-SUR-L'OUVÈZE.

Alain Sicard

Extrait de la 20ème édition des Etudes Sorguaises "Découvertes & évenements" 2009

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1- Monsieur NOEL VIANES, géomètre de son métier, Adjoint au Maire de SORGUES, émet ce voeu lors de l'assemblée de 1902. (Archives municipales de SORGUES, registre des délibérations 2D2, an 1902).

2- Archives départementales de VAUCLUSE, Annuaire (côte 2 PER 8, an 1840).

3- JULES COURTET, géographe, édite le dictionnaire des communes en 1857 réédité en 1997.

4- ADOLPHE JOANNE, géographe, a rédigé les annuaires géographiques de l'ensemble des départements de France.

5- Chronologie établie par la lecture de : SORGUES au temps de la Révolution. ETUDES SORGUAISES, 1ère publication.

6- ROBERT BEZET, histoire de la ville de SORGUES-1995-

7- LOUIS DESVERGNES, auteur de nombreux ouvrages historiques, a séjourné à SORGUES du 1er janvier 1920 au 1er février 1932.

8- La Poste de SORGUES (AD Vaucluse dossier 3G1).

9- Monsieur Le COMTE de CESSAC, Lieutenant Général, Pair de France, résidait rue du Bac n° 110 PARIS (AD Vaucluse, dossier 3G1).

10- BÉDARRIDES demeurera Chef-lieu de Canton mais dépendra, pour le courrier, du bureau de poste de SORGUES.