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La galerie souterraine de Gigognan

En 1853, Joseph Casimir PASCAL, un notable originaire de Carpentras, achetait à Sorgues un bâtiment de grange appelé le « Grand Gigognan » et trois hectares de terre autour, avec « tous les droits du vendeur sur la fontaine qui longe le chemin de Sorgues et dont les eaux dérivent d’une source qui existe dans une propriété supèrieure appartenant aux vendeurs qui transmettent... à l’acquéreur... tous leurs droits à cette source et aux eaux qui en découlent ainsi qu’à toutes dépendances y attachées ». C’est sous cette forme particulière que le tabellion précisait la propriété de la source, dans un acte du 6 décembre 1843.

 

Cette eau sortait du sol dans une ancienne carrière, quartier de l’Etang. Aux temps anciens, elle alimentait peut être une étendue d’eau, asséchée bien avant le dix-neuvième siècle, d’où le nom du lieu, survivance du passé.

Lorsqu’en 1872 Joseph PASCAL décida d’effectuer des travaux d’excavation souterraine, c’était peut-être pour protéger sa source contre les éboulements des berges et la pollution due aux corps étrangers qui pouvaient y croupir. Une autre hypothèse peut être avancée : les travaux de construction de la voie ferrée de Sorgues à Carpentras avaient modifié le relief des lieux et ils ont pu assécher le ruisseau, d’où nécessité d’un aménagement permettant d’alimenter à nouveau la « grange ».


L’aqueduc devait amener les eaux de la carrière à une galerie existante qui longeait jusqu’à la ferme du « Grand Gigognan » l’antique voie romaine dont on aperçoit encore, çà et là, des tronçons. Pour réaliser l’ouvrage, il engagea Louis Faletti, entrepreneur de travaux publics, domicilié à Cannes (Alpes-Maritimes).


Le premier février mil huit cent soixante douze, les protagonistes convinrent, par écrit, des charges et obligations de chacun.

Afin de prévenir tout changement, les documents furent signés « ne varietur ».

Le tunnel projeté devra mesurer 256,10 mètres depuis la source jusqu’au souterrain existant auquel il devra venir se souder, avec une pente d’unmillimètre par mètre.

Son intérieur sera de forme ogivale, d’une hauteur de deux mètres, la meulière à bain sera de pierre de taille d’une largeur de quatre-vingts centimètres à l’extérieur.






Les travaux débutèrent du côté de la source et par deux puits intermédiaires. Le mètre de travaux était payé trente francs lorsque le terrain se trouvait être du calcaire compact et vingt francs lorsque le dépôt constituait un sol tendre.

Les déblais retirés des travaux étaient placés sur le côté, en dépôt. En vertu des conventions, l’entrepreneur était tenu à résidence.

Les deux puits intermédiaires furent creusés pour permettre l’entretien et surtout les points d’attaque du percement simultané du tunnel.

A l’heure actuelle, le trou vertical médian est d’une profondeur de 13 mètres. Les paiements d’acomptes s’effectuaient mensuellement en raison de l’avancement des travaux.

L’entrepreneur Faletti signa le premier reçu le 27 mars, pour rémunérationde travaux effectués, et le dernier, semble-t-il, le 27 mai 1872.

Afin d’être autorisé à réaliser la galerie souterraine, PASCAL avait pris soin de faire signer, à chacun des propriétaires concernés, des contrats sous seing privé (sans l’intervention d’un notaire) de servitudes d’aqueduc dans le tréfonds de leurs propriétés.

Il profita peu de temps de ces nouvelles installations car il décéda à Sorgues en 1873.

Raymond Chabert

Je remercie vivement Pierre Rogier pour l’aide apportée en se mettant à ma disposition et en me prêtant des documents familiaux et Gilbert Matikian pour l’ensemble des photos prises.